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Honegger: L'œuvre pour piano
Interview de Jean-François Antonioli, à propos de la sortie du disque
Jean-François Antonioli, vous êtes suisse. La musique de piano d'Honegger trouve-t-elle à vos yeux une résonance particulière de ce seul fait de l'identité d'origine?
Pour vous répondre très franchement, je pense qu'à part certaines exceptions notables (le soutien de Paul Sacher et d'Ernest Ansermet, les relations avec le Théâtre du Jorat et la radio), Honegger doit son épanouissement à la France beaucoup plus qu'à la Suisse... Je ne suis pas tout-à-fait dans une situation analogue puisque mon port d'attache est à Lausanne, mais par mon parcours et du fait de mes origines (italienne et française autant que suisse), j'ai le sentiment d'être beaucoup plus européen qu'hélvétique, ceci dit sans ingratitude; peut-être est-ce dû au fait que je suis à l'aise dans 6 langues... Mais la Suisse a ceci de particulier qu'elle se situe au confluent du germanisme et de la latinité, tant par son histoire que culturellement; en ce sens, je me sens à l'aise en abordant la musique d'Honegger qui, dans son identité, est autant tributaire de la musique allemande que de la musique française.

Vous vous êtes également illustré, pour Honegger, en dirigeant deux de ses œuvres, dont l'une d'ailleurs réapparaît au piano (4e partie de la Partita à deux pianos, qui est "le Retour de l'Empereur" dans l'Impératrice aux Rochers); Y a-t-il plusieurs mondes chez Honegger? et une hiérarchie entre eux?
L'inventaire de la production honeggerienne fut entreprise ardue, Harry Halbreich, qui en publia le catalogue en 1992, en sait quelque chose; et ce d'autant que les genres sont aussi divers que contrastés. Outre les domaines traditionnels (opéra, oratorio, musique symphonique, de chambre, vocale, pour piano) il y a de la musique de scène, de l'opérette et de la musique de film, sans oublier les inclassables, tels Sémiramis ou Amphion, ce dernier étant classé dans une catégorie peu répandue: le mélodrame, terme assez peu explicite, avouons-le! Je suis convaincu que cet état de fait n'a pas peu contribué à désorienter une partie du public, tout au moins ceux qui, ayant aimé tel aspect d'une oeuvre découverte fortuitement, auront cherché à en retrouver la saveur dans un autre titre sans toujours y parvenir du premier coup, avec pour effet de déconcerter. Quant à la question de la hiérarchie, il me semble qu'à part certains travaux purement fonctionnels, voire alimentaires, il serait hâtif de déclarer tel genre mineur car il y a des pièces maîtresses dans presque chaque catégorie. Pour peu que l'on fasse preuve de persévérance, il y a de fortes chances d'être récompensé à ce jeu qui consiste à débusquer les grandes valeurs dans ce catalogue si varié.

A la différence de certains musiciens, pianistes de renom, qui ont progressivement délaissé le clavier de façon quasi-définitive pour la baguette, ce n'est pas votre cas. Dans lequel de ces arts vous sentez-vous le plus "vous-même"?
Comme beaucoup d'autres, j'ai commencé par être instrumentiste avant d'aborder la direction; remarquons que le cas exactement inverse serait plus unique que rare, comme on dit en italien... Le piano continue à être un moyen d'expression essentiel, correspondant à mes aspirations. Je pense avoir passablement évolué au cours des années, non seulement par l'effet du répertoire assez vaste que j'ai abordé en public, de la pratique de l'enseignement, mais encore et surtout de la direction d'orchestre. Celle-ci m'a rendu plus sensible à certains problèmes musicaux spécifiques, tels que la perception de la polyphonie, l'organisation spatio-temporelle et certaines lois structurelles. Je me sens véritablement indivisible lorsque que je joue et dirige simultanément les 21 concerti pour piano de Mozart, qui furent la première raison de mon intérêt pour la baguette (qu'au début en fait je n'utilisais guère), avant de me sentir attiré par des mondes que les pianistes n'ont pas vraiment l'occasion d'approcher sinon comme auditeurs: les Symphonies de Bruckner, de Sibelius, de Mahler...

Vous présidez aux destinées de l'institut de Ribaupierre à Lausanne. Pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Il s'agit d'une activité complémentaire en tant que Président du Conseil de Fondation de cette Ecole supérieure de Musique, fondée en 1915 par trois musiciens de haut rang: André de Ribaupierre, violoniste qui fut le protégé puis le successeur d'Ysaÿe à la Rochester University de l'Etat de New-York; Mathilde de Ribaupierre, pianiste disciple de Rudolf Ganz (dédicataire de Scarbo de Ravel) et Emile de Ribaupierre, violoniste, compositeur et chef d'orchestre, disciple du fameux Sevcik de Prague. L'originalité de leurs concepts pédagogiques - pour l'époque - fit sensation et plusieurs musiciens de grand renom y reçurent une formation, tels Igor Markevitch (leçons de piano de Paul Loyonnet, beethovénien qui finit sa carrière au Canada), ou Michel Corboz, chef de choeur bien connu. Occupant un hôtel particulier de 1880 parfaitement conservé et entretenu, l'Institut de Ribaupierre a un statut un peu comparable à la Schola Cantorum ou à l'Ecole Normale de Musique-Alfred Cortot, avec laquelle des rapports privilégiés existent d'ailleurs.

Quels sont vos projets pour l'année qui débute?
J'en citerai quelques-uns: quelques récitals de piano avec un programme Ballades, réunissant les Ballades de Brahms, Fauré et Chopin, qui sera présenté dans divers festivals, notamment à Belgrade et au Festival du Jura; comme chef et soliste, un programme Haydn-Bruckner (solistes Antonio Meneses et JFA) avec la version pour orchestre du splendide Quintette de Bruckner en Autriche; l'enregistrement d'un CD consacré à Gabriel Fauré, que son biographe Jean-Michel Nectoux appelle de ses voeux; une série d'émissions d'entretiens à la Radio Suisse Romande...
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